Madame, Monsieur,
 
L’annonce d’une reprise progressive de l’activité, et de la réouverture des établissements scolaires à partir du 11 mai, provoquent beaucoup de réactions en France et tout autour de nous. De nombreuses inquiétudes se manifestent en particulier chez les élèves et leurs parents, inquiets que la reprise massive puisse réduire à néant les effets du confinement.
 
D’autres évoquent aussi leur envie de reprendre et de retrouver le cadre scolaire qui apporte aussi son lot de sécurité, d’encadrement et de socialisation. Il est clair qu’il faudra bien reprendre et que le monde éducatif peut être compris comme un préalable à la relance économique du pays. C’est aussi un élément essentiel de la continuité de la Nation comme le Premier Ministre l’a dit ce soir.
 
Plusieurs messages nous ont été adressés pour souligner votre inquiétude. Des familles dont les enfants présentent des risques de vulnérabilité sont anxieuses. D’autres expriment leurs propres fragilités et craignent que leur enfant puisse revenir porteur du COVID, et donc leur fasse courir un risque non négligeable.
 
Pourquoi ouvrir les écoles alors que les cafés, les commerces, les coiffeurs, demeurent hermétiquement clos ? Comment, en même temps, ne pas entendre le célèbre médecin Marseillais, promoteur de la chloroquine, dire que le virus est sous contrôle à Marseille … ?
 
Les avis divergent, et en tant qu’établissement scolaire il ne nous appartient pas de trancher le vrai du faux. Nous sommes soumis aux règles écrites du Ministère de l’Education nationale sous l’autorité locale du Recteur. Pour ce qui concerne Charles Péguy, nous dépendons aussi de l’autorité de la Région.
 
Plusieurs certitudes sont acquises:
 
1) La reprise ne se fera pas brutalement. Il est donc certain que nous ne vivrons pas en mai une rentrée de même nature que celle d’un mois de septembre. Dans l’état actuel des messages entendus, on parle davantage de volontariat pour le retour en classe. Par ailleurs des consignes locales pourraient être données.
2) La reprise devra se faire avec l’ensemble des mesures dites “barrière”. Pour les mettre en oeuvre nous aurons donc besoin des équipements et des moyens humains pour les appliquer conformément au cahier des charges. Aucune information de l’ARS ou d’autres organismes ne permet aujourd’hui de dire qu’un plan d’équipement va être mis en place.Là aussi, il est certain que des recommandations vont nous parvenir.
3) Les classes devront respecter les distances pour préserver les élèves et les personnels. Pour mettre en place cette distanciation, il faudra réaménager les locaux, en prévoir son entretien régulier, et donc mobiliser beaucoup de personnels. Il faut en définir la faisabilité, le coût et, simplement, le rythme de sa réalisation.
4) Tous les âges ne sont pas concernés de la même manière. Les plus grands que nous hébergeons peuvent rester seuls chez eux. Ils ne sont donc pas un frein à la bonne relance économique du pays. Par ailleurs, les mesures fermement annoncées pour les épreuves du Bac ou du BTS posent la question des contenus pédagogiques à réaliser. De ce point de vue, la rentrée des plus âgés peut se montrer plus facile.
Pour ce qui concerne notre établissement, nous sommes clairement dans une posture la plus bienveillante et compréhensive possible. Bien entendu, et c’est le propre de cette crise, les choses peuvent évoluer se préciser.
 
Pour notre part voici les premiers points qui nous semblent clairs:
1) Les personnes “à risques”, parents ou élèves, seront écoutés et aidés. Rien n’indique pour l’heure une reprise qui serait de nature obligatoire pour tous.
2) Pour garantir la sécurité maximale de tous, la rentrée ne pourra être envisagée sans un stock d’équipement suffisant tant pour nos étudiants et élèves que pour tous nos personnels. Il devra être établi en fonction des locaux utilisés et du nombre d’élèves présents. Le personnel d’entretien devra recevoir toutes les protections absolument obligatoires. Dans le cas contraire, la continuité pédagogique continuera selon le même mode opératoire que durant le confinement. Attendons là aussi de savoir ce qui sera prévu.
3) Chaque équipe veillera, dès lors que le présentiel sera garanti, à évaluer les élèves de façon juste et bienveillante. Chaque élève aura à coeur pour sa part de travailler avec sérieux et régularité. Certains examens blancs prévus (TES en particulier) n’auront pas lieu. En revanche des évaluations seront bien organisées afin de pousser les élèves “tendus” en terme de résultats à pouvoir décrocher leur diplôme.
4) Tous nos personnels veilleront à être attentifs à chaque situation individuelle et à chaque particularité. Ainsi, l’examen du DCG se trouvant maintenu en juillet, le suivi de ces élèves se fera selon la même exigence que les autres années.
5) Enfin il nous appartiendra de nous adapter à la politique qui pourrait se mettre en oeuvre en matière de tests de dépistage ou/et d’immunité.
 
Nous savons l’inquiétude de tous et nous la partageons. Je vous espère tous en bonne santé et souhaite très sincèrement voir notre pays et notre établissement enfin sortir de cette terrible impasse. Nous attendons de nouvelles consignes officielles. Je reviendrai vers vous pour d’autres informations au fur et à mesure qu’elles me parviendront.
 
Avec tout mon soutien et mes meilleures pensées pour vous et vos proches !
 
Stéphane Thiébaut
Chef d’établissement
s;thiebaut@peguy.org