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Samuel Paty, ne pas oublier !

par | 15 Oct 21 | Aucun commentaire

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Comme il se fait dans tous les établissements de France, nous rendons hommage ce jour à Monsieur Samuel PATY, assassiné pour son métier et sa soif d’égalité.

Au-delà de la mort d’un homme, dont le sacrifice porte aux larmes et à la colère, c’est à la mission d’enseigner que revient les honneurs. Dans l’époque tourmentée que nous vivons, de nombreuses ressources s’offrent à nous pour témoigner de l’acte fabuleux de transmission que chaque membre de nos communautés éducatives porte en lui comme un trésor ! Ce jour, nos professeurs vont choisir un chemin ou un autre pour témoigner de leur mission.

Faire savoir, connaître, donner à aimer et à apprendre. Semer les graines éparses dont on ne sait jamais laquelle donnera du fruit … Mais semer sur toutes les terres ou les gravillons. Le faire en dépit même des ressentis et du découragement. Garder en soi cette flamme qui animait Samuel PATY pour se dresser contre les convenances ou les communautarismes: Le fléau des préjugés, des idéologies ou des sectarismes. « Pire qu’une mauvais pensée, une pensée toute faite » disait Charles Péguy. La construction de l’esprit critique ne peut se réaliser que dans l’acceptation de l’autre, de ses différences et de ses opinions. Aucune ne peut dominer l’autre dans le pays des Lumières et de la République. Si chacun a le droit de cité, nul n’en détient les clés au détriment d’un autre. Plus encore, nul ne peut prétendre que la vie de son ennemi est à supprimer pour sa différence ou son opinion.

Ce que nous commémorons aujourd’hui, comme nous pourrions le faire partout dans le monde où la vie d’un homme peut être effacée au nom d’un arbitraire fanatique, c’est, à travers Samuel Paty, cette formidable liberté qui nous anime et nous permet de parler sans être inquiété; de s’opposer sans être emprisonné; de prier sans être lynché; d’écrire, penser, chanter, invoquer, aimer, sans être jugé. Bref, toute cette formidable construction faite au fil des âges qui fait de nous un corps social composé de différences.

Ce qui nous fait « UN » quand nous sommes plusieurs … ONE !

Victor Hugo, « Écrit après la visite d’un bagne », 1853

 

Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne.
Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne
Ne sont jamais allés à l’école une fois,
Et ne savent pas lire, et signent d’une croix.
C’est dans cette ombre-là qu’ils ont trouvé le crime.
L’ignorance est la nuit qui commence l’abîme.
Où rampe la raison, l’honnêteté périt.
Dieu, le premier auteur de tout ce qu’on écrit,
A mis, sur cette terre où les hommes sont ivres,
Les ailes des esprits dans les pages des livres.
Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut
Planer là-haut où l’âme en liberté se meut.
L’école est sanctuaire autant que la chapelle.
L’alphabet que l’enfant avec son doigt épelle
Contient sous chaque lettre une vertu ; le cœur
S’éclaire doucement à cette humble lueur.
Donc au petit enfant donnez le petit livre.
Marchez, la lampe en main, pour qu’il puisse vous suivre.
La nuit produit l’erreur et l’erreur l’attentat.
Faute d’enseignement, on jette dans l’état
Des hommes animaux, têtes inachevées,
Tristes instincts qui vont les prunelles crevées,
Aveugles effrayants, au regard sépulcral,
Qui marchent à tâtons dans le monde moral.
Allumons les esprits, c’est notre loi première,
Et du suif le plus vil faisons une lumière.
L’intelligence veut être ouverte ici-bas ;
Le germe a droit d’éclore ; et qui ne pense pas
Ne vit pas. Ces voleurs avaient le droit de vivre.
Songeons-y bien, l’école en or change le cuivre,
Tandis que l’ignorance en plomb transforme l’or.
Je dis que ces voleurs possédaient un trésor,
Leur pensée immortelle, auguste et nécessaire ;
Je dis qu’ils ont le droit, du fond de leur misère,
De se tourner vers vous, à qui le jour sourit,
Et de vous demander compte de leur esprit ;
Je dis qu’ils étaient l’homme et qu’on en fit la brute ;
Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute ;
Je dis que ce sont eux qui sont les dépouillés ;
Je dis que les forfaits dont ils se sont souillés
Ont pour point de départ ce qui n’est pas leur faute ;
Pouvaient-ils s’éclairer du flambeau qu’on leur ôte ?
Ils sont les malheureux et non les ennemis.
Le premier crime fut sur eux-mêmes commis ;
On a de la pensée éteint en eux la flamme ;
Et la société leur a volé leur âme.

Victor Hugo, « Écrit après la visite d’un bagne », Jersey – 27 février 1853,
Les Quatre vents de l’Esprit.

Barbara,
« Perlimpinpin »,
1973

Pour qui, combien, quand et pourquoi ?
Contre qui, comment, contre quoi ?
C’en est assez de vos violences
D’où venez-vous, où allez-vous ?
Qui êtes-vous, qui priez-vous ?
Je vous prie de faire silence
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
S’il faut absolument qu’on soit
Contre quelqu’un ou quelque chose
Je suis pour le soleil couchant
En haut des collines désertes
Je suis pour les forêts profondes
Car un enfant qui pleure,
Qu’il soit de n’importe où,
Est un enfant qui pleure
Car un enfant qui meurt
Au bout de vos fusils
Est un enfant qui meurt
Que c’est abominable d’avoir à choisir
Entre deux innocences
Que c’est abominable d’avoir pour ennemis
Les rires de l’enfance
Pour qui, comment, quand et combien ?
Contre qui, comment, et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du perlimpinpin
Dans le square des Batignolles
Mais pour rien, mais pour presque rien,
Pour être avec vous et c’est bien
Et pour une rose entrouverte
Et pour une respiration
Et pour un souffle d’abandon
Et pour un jardin qui frissonne

Ne rien avoir, mais passionnément,
Ne rien se dire éperdument,
Ne rien savoir avec ivresse
Riche de la dépossession
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses
Ne pas parler de poésie,
Ne pas parler de poésie,
En écrasant les fleurs sauvages
Mais voir jouer la transparence
Au fond d’une cour aux murs gris
Où l’aube n’a jamais sa chance
Contre qui ou bien, contre quoi ?
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Pour retrouver le goût de vivre
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du perlimpinpin
Dans le square des Batignolles
Et contre rien, contre personne,
Contre personne et contre rien
Et pour une rose entrouverte
Pour l’accordéon qui soupire,
Et pour un souffle d’abandon
Et pour un jardin qui frissonne
Et vivre, vivre passionnément
Et ne combattre seulement
Qu’avec les feux de la tendresse
Et riche de dépossession
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses
Ne plus parler de poésie,
Ne plus parler de poésie
Mais laisser vivre les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour aux murs gris
Où l’aube aurait enfin sa chance

[texte établi depuis Barbara – L’intégrale,
éditions L’Archipel, 2012, 171-173]

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par Stéphane Thiébaut
Chef d'établissement de Charles Péguy, Lycée et Enseignement Supérieur, responsable de publication du site de l'établissement.

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